L'utilisation des métaphores pour la prise en charge de la douleur persistante

Dans le cadre de la douleur persistante, le diagnostic tissulaire reste souvent impossible, et maintenir le patient dans un modèle biomédical risque de le faire tourner en rond à la recherche de la thérapie miraculeuse qui le sauvera. Orienter la prise en charge vers l’utilisation du modèle biopsychosocial semble plus adapté.

Dans son article : « The road to pain reconceptualisation : do metaphors help or hinder the journey ? », Mike Stewart discute de l’utilisation des métaphores pour aider le patient à re-conceptualiser sa douleur. La métaphore permet au patient d’exprimer sa souffrance et de se sentir entendu par son thérapeute. Une interprétation juste permettra de ne pas laisser le patient cheminer dans une voie semée de croyances inadaptées. La capacité du clinicien à identifier les métaphores générées par le patient l’aidera à respecter les dimensions psychologique, sociale et philosophique de la perception douloureuse de chaque individu.

Mais souvent le thérapeute utilise ses propres métaphores. Un exemple commun est celui de la métaphore militaire où le processus de soins est le champ de bataille d’une guerre contre la maladie. En utilisant des armes de plus en plus sophistiquées (médicaments, injections, chirurgie, etc.) nous créons une escalade biomédicale. Malheureusement, lorsque la guerre est perdue, la faute sera jetée sur le patient ou bien sur le thérapeute qui se sentira incompétent.

Les métaphores de voyage changent le focus en éloignant les notions de victoire, défaite ou d’échec. Elles offrent de l’espoir grâce à une exploration individualisée de l’expérience du patient. De plus chaque chemin emprunté comporte toujours une sortie possible. Mais une re-conceptualisation de la douleur efficace nécessite un amalgame de métaphores cognitives et thérapeutiques. Aucune ne représente la panacée.

Une approche dialogique (non directive) respectant le contexte propre du patient aidera à mieux comprendre son point de vue. Il utilisera alors fréquemment des métaphores afin d’exprimer des émotions parfois trop stressantes à communiquer de façon littérale. Le clinicien qui sait créer un certain degré d’intimité pour faire émerger ces métaphores devra rester bienveillant puisqu’elles portent souvent une signification personnelle profonde. Il pourra alors discuter des croyances défavorables. Et il saisira l’opportunité de parler du phénomène douloureux. Cette discussion constituera un catalyseur pour de futurs gains fonctionnels.

Les difficultés rencontrées lors de l’utilisation des métaphores sont diverses. Au delà des inquiétudes liées à une trop grande simplification et de la place laissée aux mauvaises interprétations, certains patients réaliseront qu’ils ne peuvent pas contrôler leur système nerveux. De plus les métaphores peuvent obscurcir la recherche d’informations comme « des éclipses solaires (qui) cachent l’objet d’étude, mais dans le même temps révèlent quelques-unes des caractéristiques les plus saillantes et intéressantes, lorsqu’elles sont observées avec le bon télescope » (Pavio et Walsh 1993).

Mike Stewart rappelle enfin que la particularité culturelle de chaque patient est à considérer. En effet, comme le langage prend racine dans nos croyances culturelles, nos expressions métaphoriques peuvent rencontrer des interprétations divergentes. Afin d’atteindre l’objectif d’une prise en charge biopsychosociale pour un maximum de patients, le clinicien doit améliorer ses compétences culturelles.

La littérature actuelle repose essentiellement sur des avis d’experts. Afin d’éclaircir l’impact des métaphores, dans la re-conceptualisation de la douleur, sur l’incapacité et la douleur des patients, la recherche doit s’orienter vers l’étude de données qualitatives.