La mise au point de Jeremy Lewis sur la Capsulite

Dans cet article publié en février 2015 dans Manual Therapy, Jeremy Lewis réalise une synthèse sur l’étiologie, le diagnostic et le management des capsulites retractiles ou « syndrome de l’épaule gelée ».

                                                                 Jeremy Lewis

                                                                 Jeremy Lewis

En commençant par une belle rétrospective sur la sémiologie de cette affection, il rappelle que la capsulite rétractile a été décrite pour la première fois en 1896 par un médecin Français, Simon Duplay et portait alors le nom de périarthrite scapulo-humérale, en français dans le texte.

                          http://fr.wikipedia.org/wiki/Simon_Duplay_(chirurgien)

                          http://fr.wikipedia.org/wiki/Simon_Duplay_(chirurgien)

Ensuite, dans les années 1930, Codman a défini le terme d’épaule gelée (Frozen Shoulder). En anglais, l’expression de Frozen Shoulder Contracture Syndrome (FSCS) s’est imposée aujourd’hui.  

Bien que la prévalence dans la population générale reste incertaine, elle semble fluctuer entre 2 et 5 % avec une durée moyenne des symptômes de 30 mois (12 à 42 mois).

Dans les années 1930, Codman décrivait qu’une récupération totale pouvait  être attendue. Cependant près de 50 % des patients ayant reçu un diagnostic de capsulite connaissent  des raideurs ou des douleurs à 7 ans en moyenne après le début des symptômes.

Une autre étude rapporte que 45% des gens qui ont souffert d’épaule gelée ont subit une perte fonctionnelle jusqu’à 4,4 ans en moyenne.

Il n’y a pas de Gold Standard pour diagnostiquer une capsule rétractile. Le diagnostic reste donc basé sur un examen clinique d’exclusion des pathologies graves, une mise en évidence d’une restriction de mobilité active et passive et de radiographies normales à l’exception d’une légère ostéopénie de la tête humérale et éventuellement de tendinopathies calcifiantes.

La littérature décrit classiquement quatre étapes de la pathologie mais Jeremy Lewis préfère les regrouper en deux. La première se traduit par plus de douleur que de raideur et la deuxième par plus de raideur que de douleur.

Dans le premier stade la première chose à faire est d’éduquer les patients et de répondre à leurs questions en accord avec les dernières preuves scientifiques.

Les preuves actuelles suggèrent que la mobilisation de fin d’amplitude de l’articulation à des grades de forces élevés associée aux exercices obtiennent de meilleurs résultats que les ultrasons, les massages et les mobilisations de milieux d’amplitudes.

Les injections de cortisone semblent avoir un effet positif sur la douleur et la fonction à court terme. Les arthro-distensions (hydro-distension), composées d’injection de chlorure de sodium dans l’articulation gléno-humérale ayant pour effet de distendre les capsules, semblent avoir un effet positif avec un NNT* de deux pour diminuer la douleur et de trois pour améliorer la fonction.

La mobilisation forcée sous anesthésie ne semble pas recommandée car elle pourrait entraîner des dommages iatrogènes intra-articulaires de type : hémarthroses, SLAP lésion, agrandissement des fissures du subscapulaire, etc.

Concernant la chirurgie de « libération » (release) capsulaire par arthroscopie, elle ne semble pas supportée par des essais randomisées contrôlées. Les indications reposent sur une opinion  d’experts et des séries de cas.

Les recommandations au Royaume-Uni comprennent un examen clinique, des imageries (Radiographies), de l’éducation, une injection de corticoïdes sous échographie ou une hydro-distension accompagnée de kinésithérapie.

Cliniquement, la kinésithérapie peut inclure de la thérapie tissulaire pour moduler la douleur et améliorer les mouvements  physiologiques.

Il semblerait intéressant de faire une mobilisation antéro-postérieure de l’épaule, le patient pratiquant simultanément une rotation externe avec surpression éventuellement en stabilisant l’omoplate.

Une autre manoeuvre semble intéressante : la mobilisation en glissement inférieur de la gléno-humérale, cette dernière s’effectuant en extension.

Une variété de facilitations neuro-propioceptives (PNF) peuvent améliorer l’efficacité du traitement.

 

*Number Needed to Treat (NNT) ou Nombre de Sujet à Traiter (NST), ce nombre représente le nombre de sujet à traiter pour que le traitement ait une influence significative.