Comparaison de 2 protocoles d'exercices pour les tendinopathies d'Achille

Dans cette étude publiée le mois dernier dans The American Journal of Sports Medicine, Beyer & Coll ont réalisé une étude contrôlée randomisée comparant 2 protocoles d’exercices sur l’évolution à un an de patients ayant une tendinopathie d’Achille chronique.

Les patients

Les auteurs ont évalué 47 patients qui avaient une moyenne d’âge de 48 ans, un IMC de 25 et une durée des symptômes de 18 mois en moyenne.

Lors de l’évaluation initiale, les patients remplissaient une EVA, le score VISA-A (questionnaire fonctionnel de référence) et passaient une échographie (mesure de l’épaisseur du tendon et quantification de la néo-vascularisation).

Un suivi de l’évolution de ces mesures était réalisé à 12 et 52 semaines.

L’étude randomisait les patients en 2 groupes : un groupe Excentrique seul (ECC) et un groupe Heavy Slow Resistance (HSR) charge lourde concentrique-excentrique.

Les protocoles utilisés

Programme ECC : 3 série de 15 répétitions, 2 fois par jour (matin et soir), 7 jours par semaine, pendant 12 semaines consécutives. La descente lors des mouvements devait durer 3 secondes, avec 2 minutes de repos entre les séries.

Programme HSR : 3 sessions par semaine avec du matériel de fitness. Tous les exercices étaient réalisés sur les 2 jambes. 3 exercices composaient le programme : montée sur la pointe des pieds en position assise, jambe tendue à la presse, et à la barre guidée sur une marche. Le programme comportait 3 ou 4 séries de chaque exercice, avec 2-3 minutes de repos entre les séries, et 5 minutes de repos entre chaque exercice. Le nombre de répétitions diminuait au cours des semaines et la charge augmentait en parallèle : 3 x 15RM pour la semaine 1, 3x12RM pour les semaines 2 et 3, 4x10RM pour semaines 4 et 5, 4x8RM pour les semaines 6 à 8, 4x6RM pour les semaines 9 à 12. Les patients effectuaient chaque exercice dans toute l’amplitude de mouvement disponible avec 3 secondes pour la montée et 3 secondes pour la descente, soit 6 secondes en tout.

 

Les résultats

Les patients des 2 groupes ont réduit significativement leurs douleurs (EVA), amélioré leur fonction (Score VISA-A), réduit l’épaisseur de leur tendon, ainsi que la néo-vascularisation à 12 et 52 semaines.

Cependant, il n’y a pas de différence entre les groupes. Les résultats du Doppler couleur ne montrèrent pas de corrélation avec la diminution du score VISA-A. Seule variable qui différait légèrement entre les groupes, la satisfaction des participants était un peu plus haute dans le programme HSR.

Les auteurs rapportent que malgré le fait que les programmes semblent comparables en efficacité, le programme ECC cumulait un total de 308min/semaine, pour 107min/semaine pour le programme HSR.

Malgré l’efficacité observée de ces programmes sur la douleur, certains patients conservent une douleur même à 52 semaines. Ceci a déjà été documenté dans la littérature avec près de 20% des patients qui ont encore des symptômes à un an de suivi.


Que retenir de cette étude pour demain au cabinet ?

L’intérêt d’une telle étude est qu’elle vous donne des repères pour vous aider dans votre pratique dès la fin de sa lecture ! Alors, que retenir pour votre pratique ?

-       Tenez compte en premier lieu du type de patients inclus dans cette étude : âge moyen 48 ans, 18 mois de durée des symptômes IMC 25.

-       Que vous proposiez un programme d’excentrique ou de HSR, les résultats seront à peu près les mêmes à conditions que vous donniez un certain volume d’exercice (référez vous aux protocoles utilisés).

-       A la question de vos patients : « mon tendon va-t-il s’affiner ? » vous pourrez répondre avec une certaine confiance : « si vous suivez bien le programme que je vous prescrit, il est fort probable que votre tendon s’affine ».

-       A la question que vous vous posez : « vais-je avec ce programme réduire la néo-vascularisation du tendon de mon patient ? » vous pourrez émettre l’hypothèse que « oui, c’est probable », mais il faudra garder à l’esprit que ça n’est pas corrélé avec l’amélioration fonctionnelle des patients. Une corrélation faible semble exister entre la néo-vascularisation et les symptômes mais cela reste très discuté dans la littérature et ce n’est pas un marqueur d’évolution. Par ailleurs la reproductibilité du doppler n’est pas bonne inter-examinateur.