Une excellente nouvelle pour les Kinés & l'Échographie?

Attention ! Sujet #Bouillant !

L’échographie peut-elle prédire l’apparition d’une douleur tendineuse ?

C’est la question à laquelle ont essayé de répondre McAuliffe et al. (2016) en réalisant sans doute l’une des Revues Systématiques la plus importante de l’année.

Chose rare, les auteurs ont également pu faire une Méta-Analyse de leur données : ils ont cumulé l’ensemble des résultats des études sélectionnées et calculé une moyenne pour tirer leur conclusion !

L’objectif exact de cette étude était de savoir si des anormalités retrouvées à l’imagerie chez des patients asymptomatiques étaient prédictives de l’apparition de douleur tendineuse au niveau des tendons patellaire et d’Achille.

#Exciting

Méthodologie.
Sur 6449 papiers retrouvés dans les bases de données, seul 17 ont été inclues dans la revue systématique et uniquement des études prospectives.

Les résultats sont les suivants :

Pour le tendon patellaire :

La présence d’anormalités à l’échographie à l’examen initial augmentait de 4,35 (IC95% 2,62 ; 7,23) le risque que ce tendon devienne symptomatique.

Au total, 21% (33/159) des tendons qui avaient des anormalités asymptomatiques sont devenus douloureux versus 4% (16/431) des tendons asymptomatiques ayant une structure normale.

Pour le tendon d’Achille :

La présence d’anormalités à l’échographie à l’examen initial augmentait de 7,33 (IC95% 2,95 ; 18,24) le risque que ce tendon devienne symptomatique.

Au total, 23% (16/70) des tendons qui avaient des anormalités asymptomatiques sont devenus douloureux versus 2% (3/204) des tendons asymptomatiques ayant une structure normale.

Conclusion des auteurs : pour les tendons patellaire et d’Achille, le fait qu’un tendon asymptomatique présente des anormalités augmenterait le risque de développer des symptômes dans le futur par 5 !

#SoWhat ?

Implications Cliniques

Ces données suggèrent que faire des imageries avant une saison sportive par exemple, pourrait permettre d’identifier les sportifs les plus à risques de développer des douleurs tendineuses et donc de leur proposer des interventions spécifiques pour diminuer les risques de développer des pathologies…

Imaginez que vous traitiez Messi, Zlatan… ou tout aussi bien vos patients au cabinet ?

 

Excitant de pouvoir prédire le futur n’est-ce pas ? Cela pourrait avoir des implications énormes… Mais est-ce si simple ? Y-a-t-il des limites à ces résultats ?

 

Premièrement, la chose à bien comprendre dans cet article est la notion de risque.

D’après cette étude, avoir des anormalités augmente le risque de développer de la douleur. Ce n’est pas un lien causal, c’est une augmentation de la probabilité… et ça fait une sacrée différence !

On voit déjà certains arriver et dire :

-       «  Avec mon superbe appareil d’écho j’arrive à prédire qui aura mal à son tendon dans le futur. »

et à l’inverse les contradicteurs de dire :

-       « Nan mais c’est comme avec le cancer du poumon, y’en a qui ont jamais fumé et qui l’ont… bé il y a en a qui ont des tendons normaux et qui auront mal… »

C’est juste une notion de RISQUE, augmenté ou pas, c’est tout !

Deuxièmement, il faut prendre en compte la présence des anormalités chez une population asymptomatique. En effet près de 60% des sportifs présentent des anormalités asymptomatiques. Il faut par conséquent ajuster le risque par rapport à cette prévalence très élevée. La probabilité qu’un patient ayant des anormalités développe des symptômes s’en trouve alors fortement réduite.

Troisièmement la reproductibilité de l’échographie inter-examinateur reste un problème majeur. Et c’est ici que le bât blesse. Car même si certaines études montrent une bonne reproductibilité relative pour la mesure de l’épaisseur ou de la section transversale des tendons, la néo-vascularisation des tendons au doppler ou l’identification de zones hypoechogènes restent très peu reproductible inter-évaluateur.

Enfin, un autre effet confondant et non des moindres est le potentiel effet nocebo d’une telle imagerie. Dans cette revue systématique il n’est pas précisé si les patients imagés étaient en aveugle ou pas. C’est à dire, s'ils connaissaient le résultat de leur échographie alors qu’ils n’avaient pas mal. On peut aisément imaginer l’influence délétère que peut induire la connaissance de ces résultats. Dans les études analysées cela n’était pas reporté ou pas de façon claire.  Il serait d’ailleurs intéressant d’étudier les effets des variables bio-psycho-sociales versus imagerie pour savoir la ou lesquelles auraient le plus de pouvoir prédictif, voir même si la combinaison des deux ne serait pas encore plus intéressante pour inférer le devenir des tendons de vos patients !

Conclusion EBP : c’est un beau papier, très bien construit, éminemment clinique et très informatif mais qui nous montre que nous avons encore énormément de travail à fournir pour apprécier au mieux la valeur de l’échographie en pratique courante.

Flavio Bonnet

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