TRAITEMENT CONSERVATEUR DE LA DOULEUR LATÉRALE DE HANCHE : LE FUTUR EST PROMETTEUR

TRAITEMENT CONSERVATEUR DE LA DOULEUR LATÉRALE DE HANCHE : LE FUTUR EST PROMETTEUR

Alison Grimaldi [1] [2]
Traduction : Alexandre Marinescu (Relecture : Guillaume Deville)

 

Il existe de nombreuses manières de la nommer, mais la douleur latérale de hanche, principalement la tendinopathie glutéale, a un impact conséquent sur la qualité de vie et le niveau d’activité. Actuellement, il existe peu de preuves de haute qualité sur la manière de la traiter.

LES PREUVES À CE JOUR

Dans une revue systématique concernant le syndrome douloureux du grand trochanter (SDGT) Barratt et al (1) ont retrouvé seulement huit études sur le traitement non-chirurgical pouvant être recevables. Parmi celles-ci, toutes, excepté une, possédaient un risque modéré à élevé de biais. La preuve la plus solide, tant en termes de qualité méthodologique de l’étude que de résultats, est en faveur des injections de corticostéroïdes (ICS).  Avec une diminution de la douleur se produisant chez la majorité des patients lors des 4 premières semaines, il n’est pas surprenant que les ICS soient souvent le traitement de première intention dans la pratique de la médecine générale. Cependant, de même que pour les réponses aux ICS constatées dans d’autres tendinopathies, les récurrences sont courantes et le taux de succès diminue au cours du temps, ne rendant cette approche pas plus efficace sur le long terme que d’adopter une approche attentiste. Bien que les complications graves après une ICS soient rares, des craintes persistent concernant de potentiels effets négatifs sur le tendon, dus à une régulation négative de la production fibroblastique du collagène et à une nécrose tissulaire faisant suite à des injections répétées. Barratt et al (1) s’inquiètent aussi, de manière légitime, du manque de documentation au sujet du conseil médical accompagnant les ICS. Considérant que l’ICS ne résout pas les mécanismes en cause dans la tendinopathie douloureuse, les conseils concomitants pourraient bien avoir un impact important dans le résultat de l’intervention.

Étant donné que les ICS ne constituent pas la panacée pour les tendinopathies, que peut faire le clinicien pour offrir une solution sur le long terme ? Barratt et al (1) discutent des deux seuls autres essais actuellement disponibles pour les SDGT, étudiant – (a) la thérapie extracorporelle par onde de chocs (TEOC) et (b) les exercices à domicile. Bien que la TEOC fournisse des résultats prometteurs à moyen terme, les résultats à long terme ne montrent pas d’avantage. Ce n’est pas surprenant puisqu’une intervention passive isolée ne peut espérer résoudre un mélange souvent complexe de déficiences préexistantes et iatrogènes, qui affectent la tolérance aux contraintes mécaniques d’un tendon douloureux, et la capacité fonctionnelle d’un individu. Les patients porteurs d’une tendinopathie glutéale présentent une faiblesse des muscles abducteurs (2), des variations cinématiques et des moments externes adducteurs de hanche élevés durant la marche, qui résultent potentiellement en une surcharge relative du mécanisme d’abduction (3). Réduire la douleur à court ou moyen terme avec les ICS ou les TEOC a peu de chance de résoudre ces problèmes, et cela pourrait expliquer l’échec sur le long terme d’une TEOC isolée.

                  … une intervention passive isolée ne peut espérer résoudre un mélange souvent complexe de déficiences préexistantes et iatrogènes

Une intervention active est recommandée dans le traitement des tendinopathies (4); cependant, le seul essai clinique publié étudiant l’effet des exercices à domicile sur les SDGT a rapporté des résultats décourageants. Les résultats initiaux étaient mauvais et les patients ont seulement atteint des taux de succès prometteurs à 15 mois (5). Mais attendez ! Ne rejetez pas dès maintenant l’intervention active. Les auteurs n’ont pas bénéficié des progrès récents dans la compréhension des mécanismes sous-jacents à la tendinopathie glutéale (6), ni de l’accumulation de données probantes concernant les déficiences (2, 3). L’intervention (5) incluait des étirements qui induisent des charges compressives potentiellement provocatrices sur les tendons glutéaux (6), et omettait la mise sous contraintes mécaniques ciblée des abducteurs. De nombreux essais cliniques randomisés de haute qualité sont actuellement en cours, explorant des approches plus actuelles du traitement actif du SDGT.

UN FUTUR PROMETTEUR

Mellor et al (7) ont publié leur protocole pour un essai randomisé contrôlé (essai LEAP) qui aspire à évaluer l’avantage relatif des ICS, de la kinésithérapie et d’une approche attentiste dans le traitement de la tendinopathie glutéale chez 201 participants. Cette intervention kinésithérapique inclut les principes du traitement par remise sous contraintes mécaniques et ceux de l’exercice (4), apportant un programme global d’éducation et de recommandations qui contient des présentations sur DVD, et un programme progressif d’exercices qui visent le soulagement de la douleur (contractions isométriques), le renforcement des muscles abducteurs, le renforcement des muscles de la chaîne cinétique du membre inférieur et le perfectionnement du contrôle moteur fémoro-pelvien.

Les patients effectuent le programme suivi d’exercices à la maison, avec en complément 6 semaines de mise sous contraintes mécaniques à vitesse lente et charge élevée du complexe musculo-tendineux des abducteurs de hanche, réalisé deux fois par semaine. Les participants de l’essai LEAP ont subi des tests cliniques des articulations adjacentes, une batterie exhaustive de tests diagnostiques pour la tendinopathie glutéale et un IRM. L’évaluation de l’utilité de ces tests dans le diagnostic d’une tendinopathie glutéale symptomatique pourrait faciliter, dans le futur, la standardisation de critères diagnostiques pour les études sur les douleurs latérales de hanche. L’utilisation d’indicateurs de résultat spécifiques à cette pathologie, comme le score VISA-G était aussi recommandée par Barratt et al (1) L’essai LEAP a utilisé le score VISA-G ainsi que de nombreux autres indicateurs de résultats rapportés par le patient. Des études supplémentaires sur les indicateurs de résultats pour les douleurs latérales de hanche seraient bénéfiques pour déterminer les plus utiles dans le but de cerner différentes déficiences et les plus sensibles pour détecter une variation dans le temps et en réponse à une intervention.

Le protocole de l’essai GLoBe (8) présente une étude qui a randomisé 116 femmes ménopausées dans des groupes recevant une thérapie hormonale, des exercices ou une combinaison des deux, dans le but de comparer une amélioration au niveau de la douleur et de la fonction. L’essai a employé de fausses hormones et un programme d’exercices, et a inclus le score VISA-G parmi les indicateurs de résultats. Étant donné que la prévalence des SDGT est beaucoup plus importante chez les femmes, particulièrement après la ménopause, des informations concernant le bénéfice potentiel d’une intervention hormonale pourrait fournir de plus amples connaissances sur cette pathologie et son traitement.

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Déclaration de liens d’intérêts L’auteur déclare ne pas avoir de lien d’intérêts

 

Provenance et comité d’experts commissionnés Examiné par un comité d’experts externes

 

A citer Grimaldi A. Br J Sports Med 2017;51:72–73.
Accepté le 3 Juillet 2016

 

Br J Sports Med 2017;51:72–73. doi:10.1136/bjsports-2016-096600

 

 

Traduction de la version Anglaise originale publiée par BJSM : « Conservative management of lateral hip pain: the future holds promise », Grimaldi A. Br J Sports Med January 2017 Vol 51 No 2

http://dx.doi.org/10.1136/bjsports-2015-095858

Br J Sports Med 2017;51:72–73. doi:10.1136/bjsports-2016-096600

 

 

 

REFERENCES

1 Barratt P, Brookes N, Newson A. Non-surgical treatments for greater trochanteric pain syndrome: a systematic review. Br J Sports Med 2016;50:97–104.

2 Allison K, Vicenzino B, Wrigley TV, et al. Hip abductor muscle weakness in individuals with gluteal tendinopathy. Med Sci Sports Exerc 2016;48:346–52.

3 Allison K, Wrigley T, Vicenzino B, et al. Kinematics and kinetics during walking in individuals with gluteal tendinopathy. Clin Biomech 2016;32: 56–63.

4 Cook JL, Purdam CR. The challenge of managing tendinopathy in competing athletes. Br J Sports Med 2014;48:506–9.

5 Rompe JD, Segal NA, Cacchio A, et al. Home training, local corticosteroid injection, or radial shock wave therapy for greater trochanter pain syndrome. Am J Sports Med 2009;37:1981–90.

6 Grimaldi A, Mellor R, Hodges P, et al. Gluteal tendinopathy: a review of mechanisms, assessment and management. Sports Med 2015;45:1107–19.

7 Mellor R, Grimaldi A, Wajswelner H, et al. Exercise and load modification versus corticosteroid injection versus ‘wait and see’ for persistent gluteus medius/minimus tendinopathy (the LEAP trial): a protocol for a randomised clinical trial. BMC Musculoskelet Disord 2016;17:196.

8 Ganderton C, Semciw A, Cook J, et al. Does menopausal hormone therapy (MHT), exercise or a combination of both, improve pain and function in post-menopausal women with greater trochanteric pain syndrome (GTPS)? A randomised controlled trial. BMC Womens Health

 

[1] School of Health and Rehabilitation Sciences, The University of Queensland, Brisbane, Queensland, Australia;

[2] Physiotec, Tarragindi, Queensland, Australia

 

Correspondence to Dr Alison Grimaldi, School of Health and Rehabilitation Sciences, The University of Queensland, Brisbane, QLD 4072, Australia; info@ physiotec.com.au