73 ans après la création de leur profession, les Masseurs-Kinésithérapeutes sont-ils prêts à changer de nom ?

73 ans après la création de leur profession, les Masseurs-Kinésithérapeutes sont-ils prêts à changer de nom ?

 

Par Flavio Bonnet

 

Tout est parti d’un sondage sur Facebook en avril 2019. L’idée de sonder la profession sur le sujet me trottait dans la tête depuis un moment.

La question était sans détour : « Vous sentez-vous prêts à vous appeler des Physiothérapeutes ? ». Les suggestions de réponses étaient sans alternatives non plus : « oui » ou « non ». Les résultats : sur 1600 votants 83% ont voté « Oui » et 17% ont voté « Non ».

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A l’évidence ce sondage était un peu (beaucoup) biaisé puisqu’il a été publié sur la page Facebook de l’Agence EBP un organisme de formation continue basé sur les preuves scientifiques… mais quand même ! 83% ! L’œil EBP aguerri de nos followers ne s’est pas laissé duper si facilement ! L’esprit critique infuse désormais depuis un certain temps dans le microcosme des rééducateurs.

Les commentaires soulevés lors de ce vote étaient particulièrement intéressants et portaient essentiellement sur deux points.

Premièrement, pour nombre d’entre nous le terme « Physiothérapeute » fait débat car il fait référence, en France, à l’usage des modalités passives d’électrothérapie. Par conséquent certain.es. confrères et consœurs craignent à juste titre un risque d’amalgame malgré l’intérêt évident de l’homogénéisation internationale.

Le second aspect porte sur l’épineuse suppression du mot « Masseur » qui précède le terme « Kinésithérapeute ». Sacrilège pour certain, nécessité pour d’autres, le terme « Masseur » déchaine les passions. Si certains se détachent graduellement des soins de confort, d’autres pensent que les kinés EBP ne touchent plus leurs patients.
Si le retrait du terme « Masseur » semble nécessaire pour beaucoup, il me paraît crucial d’utiliser les preuves scientifiques non pas pour supprimer le massage ou d’autres thérapies passives, mais pour mieux comprendre et valoriser les approches de thérapie manuelle ainsi que les adjuvants. Selon moi, un changement de nom aurait un impact psychologique important sur les kinés et sur les patients et serait annonciateur d’un changement de paradigme. D’une responsabilisation de la profession en vue de sa revalorisation.

Lors d’une discussion informelle avec un responsable syndical ce dernier me faisait remarquer que le revenu des kinés français était similaire à celui des kinés à l’étranger. Certes, mais à quel prix ? Alors que les kinés à l’étranger ont tous un.e réceptionniste et voient 10 à 15 patients par jour, les kinés français font tout le travail (téléphone, prise de rdv, facturation, comptabilité, etc.) et voit surtout deux fois plus de patients par jour ! Plus pour certains.

Le changement de nom pourrait s’accompagner d’une revalorisation des actes qui apportent le plus de valeur aux patients et à la société.

En définitive, je dois vous l’avouer : J’ai failli craquer. Les arguments pour le terme « Kinésithérapeute » étaient convaincants et pour de nombreux confrères et consœurs le terme « Physiothérapeute » n’est pas judicieux. Malheureusement (ou heureusement) j’ai des idées bien ancrées et une vision claire. Deux éléments m’invitent à ne pas faire de compromis.

Le premier est que la profession a besoin d’un signe fort pour acter cette évolution. Je ne crois pas que les gens vont penser sur du long terme que les physiothérapeutes, anciennement MKDE, sont désormais des gens qui posent uniquement des machines. Un travail important de communication sera alors nécessaire.

Le deuxième, c’est que l’harmonisation internationale me semble indispensable. Tous nos voisins, à l’exception de la Belgique, s’appellent des physiothérapeutes. Ce changement favorisera les échanges internationaux et aura un impact psychologique positif important sur les physiothérapeutes français demain… et leurs patients !

 

Les portes de l’avenir sont ouvertes à ceux qui savent les pousser disait Coluche.

 

Bonne rentrée à toutes et à tous !

 

Flavio Bonnet.